Télétravail & vie pro

Définition du télétravail : travailler ailleurs ne suffit pas

Maëlle Périgault-Lestang 7 min de lecture
Définition du télétravail : accord télétravail et article L1222-9 à domicile

La définition du télétravail ne se limite pas au fait de travailler depuis son domicile. En droit du travail, cette organisation repose sur trois éléments : une activité exercée hors des locaux de l’employeur, l’usage des technologies de l’information et de la communication, et l’accord du salarié. Elle peut être régulière ou occasionnelle, à domicile comme dans un lieu tiers autorisé.

Les trois critères qui définissent le télétravail

L’article L1222-9 du Code du travail définit le télétravail comme toute forme d’organisation dans laquelle un travail qui aurait pu être réalisé dans les locaux de l’employeur est effectué volontairement par un salarié hors de ces locaux, grâce aux technologies de l’information et de la communication. Cette formulation permet de distinguer le télétravail d’une simple absence du bureau ou d’un déplacement professionnel.

Quiz : Comprendre le télétravail

Un travail réalisable habituellement dans l’entreprise

Le premier critère concerne la nature des missions. Le poste doit comporter des tâches qui pourraient normalement être réalisées sur site : traitement de dossiers, comptabilité, rédaction, support client, conception, réunions en visioconférence ou gestion de projet, par exemple. Un salarié qui intervient chez un client, livre des marchandises ou exerce un métier nécessitant une présence physique n’est pas automatiquement télétravailleur.

Un lieu extérieur aux locaux de l’employeur

Le domicile est le lieu le plus courant, mais il n’est pas le seul. Le télétravail peut s’exercer dans un télécentre, un espace de coworking, un bureau partagé ou tout autre lieu autorisé par l’employeur. L’important est que ce lieu soit distinct des locaux habituels de l’entreprise et qu’il permette d’exécuter les missions dans des conditions adaptées, notamment en matière de confidentialité et de sécurité.

L’usage des outils numériques et le volontariat

Les TIC sont indispensables à la qualification : ordinateur, accès sécurisé aux applications, messagerie, téléphone professionnel ou outil de visioconférence rendent possible le travail à distance. En principe, le télétravail repose aussi sur le volontariat. Le salarié peut refuser de télétravailler sans que ce refus constitue une faute. Exceptionnellement, des circonstances particulières, comme une épidémie ou un cas de force majeure, peuvent conduire l’employeur à l’imposer pour assurer la continuité de l’activité et protéger les salariés.

Régulier, occasionnel ou mobile : les formes concrètes

Le télétravail ne correspond pas à un modèle unique. Sa fréquence et son lieu d’exercice doivent être suffisamment précis pour éviter les malentendus sur les jours travaillés, les horaires, les équipements ou les remboursements.

Forme Fonctionnement Exemple
Télétravail régulier Jours prévus de manière récurrente 1 à 2 jours par semaine depuis le domicile
Télétravail occasionnel Recours ponctuel selon les besoins ou contraintes Quelques jours par an en cas d’imprévu
Télétravail en tiers-lieu Activité exercée dans un espace extérieur autorisé Télécentre ou espace de coworking

Le télétravail mobile mérite une attention particulière. Répondre à ses e-mails dans un train ou travailler entre deux rendez-vous ne suffit pas nécessairement à caractériser une organisation formalisée de télétravail. La régularité, les conditions d’exécution et l’accord avec l’employeur sont déterminants.

Un cadre à formaliser avant de commencer

La mise en place du télétravail peut résulter d’un accord collectif, d’une charte élaborée par l’employeur après consultation du comité social et économique lorsqu’il existe, ou d’un accord direct entre l’employeur et le salarié. Dans ce dernier cas, un écrit est fortement conseillé : il protège les deux parties en définissant les règles applicables.

Ce que doit prévoir un accord ou une charte

Un dispositif clair précise notamment les postes éligibles, les modalités d’acceptation, les jours télétravaillables, les plages pendant lesquelles le salarié peut être joint, les modalités de contrôle du temps de travail et de la charge de travail, ainsi que les conditions de retour à un poste sans télétravail. Il doit aussi anticiper les incidents techniques, l’utilisation des équipements et la protection des informations professionnelles.

Le point décisif se joue souvent au seuil entre le temps professionnel et le temps domestique. Sans plage de disponibilité définie, une notification tardive peut transformer la maison en bureau permanent. Fixer des créneaux de joignabilité, un canal d’urgence et une règle de report pour les sollicitations non urgentes crée une frontière opérationnelle : elle préserve la concentration, le droit à la déconnexion et l’égalité de traitement avec les collègues présents sur site.

Le télétravail n’est pas un droit automatique

Un salarié peut demander à télétravailler, mais l’employeur peut refuser si le poste, l’organisation du service ou les conditions de sécurité ne le permettent pas. Lorsqu’un accord collectif ou une charte prévoit le télétravail, un refus de l’employeur doit être motivé. Inversement, l’employeur ne peut pas considérer le refus du salarié comme un motif de sanction ou de licenciement, hors circonstances exceptionnelles prévues par la loi.

Droits du salarié et responsabilités de l’employeur

Le télétravailleur conserve les mêmes droits individuels et collectifs que les salariés travaillant dans les locaux : accès à la formation, aux avantages sociaux, aux informations syndicales et à une évolution professionnelle équitable. Le changement de lieu ne doit pas créer une mise à l’écart.

  • Matériel et frais : l’employeur assure la fourniture et l’entretien du matériel nécessaire et prend en charge les frais professionnels engagés pour l’activité.
  • Santé et sécurité : il doit évaluer les risques, y compris ceux liés à l’isolement, à la charge de travail et à l’ergonomie du poste, notamment dans le DUERP.
  • Vie privée : les outils de contrôle ne peuvent pas conduire à une surveillance permanente ; les restrictions d’usage des équipements doivent être portées à la connaissance du salarié.
  • Entretien annuel : un échange spécifique doit porter sur les conditions d’activité et la charge de travail du télétravailleur.
  • Retour sur site : le salarié bénéficie d’une priorité pour occuper un poste sans télétravail correspondant à ses qualifications.

De son côté, le salarié respecte les consignes de sécurité, les horaires et les règles de confidentialité. Il doit signaler les difficultés susceptibles d’empêcher l’exécution normale de son travail : panne, indisponibilité du réseau, problème d’équipement ou situation affectant son espace de travail.

Accident, isolement et déplacements : les effets à ne pas sous-estimer

Un accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail, pendant l’activité professionnelle, bénéficie d’une présomption d’accident du travail. En pratique, la déclaration doit être faite rapidement et les circonstances doivent pouvoir être décrites avec précision. La formalisation du lieu, des horaires et des jours de télétravail facilite donc aussi la gestion de ce type d’événement.

Le télétravail peut réduire les trajets domicile-travail, mais son bilan ne se limite pas à cette diminution. Il peut modifier les horaires de déplacement, encourager des trajets supplémentaires ou éloigner le lieu de résidence du bureau : ce sont des effets rebonds. Pour l’entreprise, l’enjeu consiste aussi à maintenir des temps collectifs utiles, pour éviter l’isolement professionnel et préserver la circulation de l’information.

Une définition complète du télétravail associe ainsi un cadre juridique, une organisation concrète et une responsabilité partagée. Lorsqu’il est formalisé, équipé et encadré par des règles de disponibilité réalistes, il devient une modalité de travail durable plutôt qu’une simple journée passée hors du bureau.

Maëlle Périgault-Lestang

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